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Un enfant puni assis sur une chaise face au coin d\'une pièce.
Discipline Positive — 05 Jan 2022

Pourquoi éviter les punitions ?

Éducation positive

Punition vient du latin poena, « peine, châtiment, compensation, amende ».
Ces mots sont forts, non ?
Ça implique de « faire payer » pour un acte répréhensible.
Est-ce là le but de l’éducation ? Faire payer un enfant parce qu’il n’a pas fait ce qu’il fallait ? Ce qui était attendu ?

Je pense qu’on sera d’accord que dans la plupart des cas ce n’est pas l’intention des parents, des enseignants ou des éducateurs.
C’est souvent la seule « solution » qui vient à l’esprit pour faire cesser un comportement inapproprié.

Partons du fait que les êtres humains font du mieux qu’ils peuvent faire et qu’ils ne punissent pas par plaisir ou par sadisme.
Oui… ce genre de comportement existe, mais on va faire comme s’ils n’existaient pas dans le cadre de cet article et parce que cette idée m’est difficilement supportable.

Mais alors, pourquoi punit-on ?

1- C’est un modèle transmis de générations en générations

On fonctionne comme cela depuis la nuit des temps et punir est donc une sorte de comportement ancré en nous, inscrit dans notre inconscient.
Nos parents nous aimaient et pourtant ils nous ont puni. On a donc appris cette façon de résoudre « les problèmes de comportement ».
Mais nos parents n’avaient pas les connaissances auxquelles nous avons accès aujourd’hui. On sait qu’on peut (et qu’on devrait) faire différemment même si ce n’est pas toujours évident.

2- C’est le moyen d’apaiser nos émotions

Lorsqu’un enfant « provoque », frappe son frère, balance toutes ses affaires d’un grand coup de pied, répond mal, décore le joli canapé en cuir avec ses feutres… c’est une sorte de volcan émotionnel qui s’invite en nous.
On veut donc rétablir « l’ordre ». On va apaiser notre colère, agacement, frustration, déception ou autre sentiment du genre en remettant les pendules à l’heure. C’est un peu le moyen d’apaiser les émotions de l’adulte et dans ce sens-là, la punition semble être utile. L’adulte impose ainsi son autorité et calme ce qu’il pouvait ressentir. Enfin du moins, en partie… quand un autre trouble-fête ne s’invite pas par la suite : j’ai nommé la culpabilité. Parfois on se sent mal après avoir puni donc même pour l’adulte, les effets ne sont que très « court-termistes ».

3- La société dans laquelle on vit est « punitive »

On punit à l’école, on punit les actes au tribunal, on punit un salarié qui n’a pas été performant en ne lui donnant pas de prime ou de promotions, ou en lui confiant les sales besognes.
Face au regard des autres, on se sent obligé de « punir ». On « ne peut pas » laisser notre enfant faire une crise en plein supermarché ou au restaurant. On se doit de réagir, en tout cas c’est ce qui est attendu par les autres.
On ne peut se permettre de passer pour une maman laxiste ou dépassée, un papa permissif ou je ne sais quoi d’autre. Alors on suit le courant.

On voit bien qu’une des premières choses à faire si on veut éduquer ses enfants autrement c’est de travailler aussi sur ses propres croyances et sur soi. On fait les choses pour qui ? Pour les autres ou pour le bien des enfants ?

Bien sûr avant même de partir dans cette réflexion, il faut aussi cette fameuse prise de conscience. De nombreux parents n’ont même pas conscience des conséquences de la punition et n’ont pas conscience que certains changements seraient bénéfiques pour tous.
Je ne sais pas où tu te situes toi qui lis cet article, mais je vais t’inviter à faire un petit voyage.

Un petit voyage au cœur de soi

Imagine un instant si toi adulte tu te retrouvais puni parce que tu n’as pas fait ton lit, que tu n’as pas rendu ton dossier à temps, que tu as piqué une crise de colère ou que tu as dit une parole de trop à ton amoureux (se)? Cela te ferait-il changer ton comportement à coup sûr ? Laisse-moi en douter !

Te souviens-tu de ton enfance ? Je suis sûre que tu n’auras pas de mal à retrouver un moment où tu t’es retrouvé puni.

  • 📌 Que te disais-tu ?
  • 📌 A quoi pensais-tu ?
  • 📌 Que ressentais-tu ?
  • 📌 Que décidais-tu ?
  • 📌 Que penses-tu que les punitions t’ont appris ?

Allons un peu plus loin. En lisant les prochaines lignes, repense à des situations que tu as surement vécues enfant.

  • Les punitions physiques : des claques, des gifles, des pincements, des « je te tire les cheveux », j’appuie fort sur ton bras, ta main et j’en passe…
  • Les punitions psychologiques qui peuvent parfois faire plus de mal qu’une fessée (attention je n’encourage pas les fessées pour autant) : les humiliations, le chantage affectif, les insultes, les privations en tout genre…
Une image contenant une petite fille en pleurs assise par terre contre un mur

Je vais donner quelques exemples :

  • Je n’aime pas les enfants qui pleurent pour un rien !
  • Tu ne mérites pas que je perde mon temps avec toi !
  • Je t’ai fait mal ? C’est de ta faute tu n’avais qu’à m’obéir !
  • Tu vas aller dans ta chambre sans dîner et je ne viendrai pas non plus te dire bonne nuit !
  • De toutes façons tu es un bon à rien, tu abimes tout et tu casses tout.

On fait payer à l’enfant ce que nous avons ressenti face à un comportement qu’il a pu avoir. Et là on tombe parfois dans la violence.
Comment ça j’exagère ? Malheureusement non ! Attention je ne jette pas la pierre aux parents, mais je dis juste que ces façons de faire que nous-mêmes avons apprises sont ce que l’on appelle les VEO : Violences Éducatives Ordinaires. Ce terme je ne l’ai pas inventé et je t’invite à aller voir sur le site StopVEO. On a admis ces choses comme normales mais elles ne sont pas sans impact.

L’autorité ne devrait pas être une lutte de pouvoir

🤔 D’où nous vient cette idée folle que pour qu’un enfant fasse mieux ou pour qu’il « comprenne », qu’il faut d’abord qu’il se sente mal ? On est d’accord il faut un cadre et des limites. L’idée n’est pas de laisser tout faire ni de céder à tout.

La question que l’on devrait se poser n’est pas “est-ce que les punitions « fonctionnent »”? Parce que oui sur le moment ça donne un résultat : ça met fin au comportement inadapté mais sur le long terme? Qu’apprend l’enfant ? Quel impact a tout cela sur son image de lui-même, sur sa confiance en lui, sur la relation parent-enfant ? Revanche ? Rancœur ? Peur ?

« Pff… N’importe quoi ! Ce n’est pas parce que je lui ai mis une petite claque sur la tête et que je lui ai dit qu’il était nul qu’il ne va plus m’aimer ou avoir peur de moi ! »

Oui c’est vrai… l’enfant n’arrêtera pas de t’aimer mais arrêtera de s’aimer lui. Il n’a pas su faire ce qu’il fallait pour que maman ou papa soit content de lui. Il fait tout mal, il gâche tout.
On sera d’accord que je parle de comportements répétitifs au cours du temps pas d’un événement isolé.
Je sais que certains restent persuadés que punir est un moyen d’affirmer son autorité mais éduquer un enfant ce n’est pas une guerre de pouvoir. Ton enfant n’est pas contre toi et tu n’es pas contre-lui.

Éviter voire éliminer les punitions ne veut pas dire laisser les enfants faire n’importe quoi ! Il s’agit plutôt de voir comment on peut chercher ensemble des solutions et apprendre que ce que l’on fait a des conséquences ?
Ces conséquences sont parfois négatives et c’est un apprentissage à faire pour l’enfant.

  • 📌 Il est intéressant de se demander face à une punition : A-t-on envie de s’améliorer ou plutôt envie d’abandonner ou de faire semblant pour éviter une nouvelle punition la fois d’après ?
  • 📌 Ne serait-il pas intéressant d’enseigner aux enfants que les erreurs sont des merveilleuses occasions d’apprendre et que l’on peut trouver des solutions pour ne pas refaire les mêmes erreurs et réparer celle que l’on vient de commettre ?

Les 4 R de la punition

La punition n’enseigne rien et ne garantit en rien que l’enfant ne va pas récidiver.
Nous avons recours à la punition parce que nous sommes aveuglés par les résultats à courts termes.

En Discipline Positive, Jane Nelsen nous explique les quatre « R » de la punition. Ces 4 « R » résument les conséquences des punitions.
Il s’agit là de comportements futurs qui se basent sur des décisions inconscientes prises par les enfants.

  • Rancœur : Ce n’est pas juste ! Je ne peux pas faire confiance aux adultes.
  • Revanche : La prochaine fois je les aurai !
  • Rébellion : Je vais faire exactement l’inverse pour leur prouver qu’ils ne peuvent pas m’obliger à faire ce qu’ils veulent.
  • Retrait (dissimulation) : La prochaine fois je ne me ferai pas prendre. Baisse de l’estime personnelle : je ne vaux rien.

Aucun parent ne souhaite déclencher ce genre de réactions. Mais comment faire autrement ?

Quelles alternatives à la punition ?

Nous touchons à un gros axe de travail de l’éducation positive.
C’est un sujet à creuser et qui se travaille sur du long terme.
Je propose d’ailleurs un atelier thématique de deux heures sur le sujet.

Les conséquences

Conséquence n’est pas synonyme de punition. Il s’agit de découvrir que tous nos comportements, nos choix, ont des conséquences positives ou négatives. Il s’agira non plus d’agir sur le comportement mais sur les besoins et les émotions de l’enfant.

Les conséquences naturelles

C’est ce qui permet à l’enfant de découvrir les conséquences de ses choix sans l’intervention de l’adulte.

  • Si on marche sous la pluie on est mouillé,
  • Si on ne révise pas on a une mauvaise note,
  • Si je ne prends pas de pull en hiver j’ai froid.

L’idée est ici d’éviter le « tu vois, je t’avais prévenu ». Pour que l’enfant retire tout seul un apprentissage, le mot d’ordre est la bienveillance. On fait preuve d’empathie et de compréhension.

  • Ce n’est pas top agréable d’être mouillé ! Tu veux faire quoi pour te sécher ?
  • Mince ! j’imagine que tu as dû avoir froid ! Ç’était surement pas agréable.
  • Que t’as dit le prof ? Et toi comment tu t’es senti ?

Attention cependant ! Il y a trois situations pour lesquelles on ne peut pas laisser les enfants découvrir par la conséquence naturelle :

  • Si cela met l’enfant en danger : on ne va tout de même pas le laisser mettre ses doigts dans la prise pour qu’il découvre ce que cela fait.
  • Si cela interfère avec le droit des autres : on ne frappe pas, on ne jette pas des cailloux sur une voiture.
  • Si l’enfant est indifférent à la conséquence : s’il veut manger des bonbons à longueur de journée, on ne va pas le laisser se rendre malade ou prendre du poids sans réagir.

Les conséquences logiques

Cette fois l’intervention de l’adulte est nécessaire. Ce n’est pas aussi simple à « appréhender » et à « appliquer ».

C’est un peu le code civil ou le règlement intérieur.
A la maison ça peut se résumer en : « si tu fais… alors il se passera ça ».
Cette conséquence est connue de l’enfant.
Mais voilà elle peut vite être apparentée à une punition.
Pour qu’elle pose des limites de façon ferme et bienveillante il faut qu’elle soit :

Reliée : La conséquence est liée au comportement.
Si l’enfant renverse son verre de lait, la conséquence logique (reliée) et de lui faire nettoyer.

Respectueuse : la conséquence ne doit pas impliquer de dévalorisation, de culpabilisation ou d’humiliation.
Si on lui dit « tu es trop maladroit et je ne te laisserai plus te servir tout seul », on le prive de l’opportunité d’apprendre.
Un petit « Oups ! Qu’est-ce que tu dois faire maintenant ? » est suffisant.

Raisonnable : elle n’est pas démesurée et parait juste à l’adulte et à l’enfant.
Ton enfant parle fort et s’agite sans cesse à la bibliothèque. Tu ne vas pas lui dire que vous n’irez plus jamais à la bibliothèque mais que vous allez devoir partir s’il n’arrive pas à se calmer.

Révelée à l’avance : l’enfant connaît les « règles du jeu », il fait le choix d’un comportement inapproprié.
La règle : Le soir on éteint la lumière pour dormir à 20h quoi qu’il arrive.
Mylène a trainé pour s’habiller, puis elle a voulu jouer avec ses poupées même quand sa mère lui a rappelé que c’était le moment de son histoire du soir.
Plutôt que de lui dire, « tu n’écoutes jamais rien et ben voilà tu vas t’endormir sans histoire, tu l’as bien cherché », si la conséquence logique est révélée à l’avance, un truc du genre « Regarde ma puce, il est l’heure d’éteindre. Tu as préféré jouer du coup on n’a plus le temps de lire une histoire. Je te fais un gros bisou de bonne nuit et demain on fera plus attention à l’heure pour ne pas rater l’histoire ».
Le tout avec fermeté et bienveillance.

Si un des 4R manque ce n’est plus une conséquence logique aidante et véritablement éducative.

La discipline positive tend à mettre l’accent sur la recherche de solutions et la réparation mais là ce sera l’objet d’un autre article ou autre contenu.

Conclusion :

Évite les punitions parce qu’elles n’apprennent rien ni à l’enfant ni à l’adulte.
Les parents n’apprennent pas à gérer leurs émotions, ni à porter un regard différent sur les enfants.
Punir peut développer du ressentiment chez les enfants et porter atteinte à leur estime d’eux-mêmes.
Même si ce n’est pas ce qui vient en premier, d’autres solutions existent. Mais quoi qu’il en soit, le mot d’ordre est la BIENVEILLANCE. Lorsque l’on veut faire des changements cela ne se fait pas du jour au lendemain.
Ensuite garde à l’esprit que les baguettes magiques n’existent que dans les contes ou les dessins animés. Il te faudra sans cesse essayer, adapter. Rappelle-toi que tout ce qui ne fonctionne pas est une merveilleuse occasion d’apprendre à faire autrement. Si tu arrives à t’approprier cette idée, tu la transmettras à ton enfant.
Tu ne peux que te sentir mieux dans une éducation sans punitions et sans VEO*. Et si tu essayais ?

Alors prends soin de toi, prends soin d’eux.

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Emmanuelle Gonthier

Enseignante Coach

Je suis Emmanuelle Gonthier, professeur des écoles pendant 13 ans et professeur d'espagnol depuis 8 ans. Je suis coach certifiée, maître praticien PNL et facilitatrice de parents en ®Discipline Positive.

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